Loquerisne linguam latinam ? (Parlez-vous latin) lui dit l’abbé Pirard, comme il revenait.

Ita, pater optime, (Oui, mon excellent père), répondit Julien, revenant un peu à lui. Certainement jamais homme au monde ne lui avait paru moins excellent que M. Pirard, depuis une demi-heure.

L’entretien continua en latin. L’expression des yeux de l’abbé s’adoucissait ; Julien reprenait quelque sang-froid Que je suis faible, pensa-t-il, de m’en laisser imposer par ces apparences de vertu !

Stendhal, Le Rouge et le noir, libro i, capítulo xxv, «Le séminaire», pág. 252 de la edición de Gallimard, Folio classique, 2000.

Claro, que son dos franceses hablando en latín, porque si fueran extranjeros sería un episodio tan inverosímil como el nazi que se entiende en griego con el rabino montañés y erudito, fantasmagórico y cáucasico, de las Euménides de Littell, que se han llamado en español Las benévolas, visto el muy particular charabia que es la pronunciación francófona del griego clásico y, de paso, del latín. ¿Cómo se entendería Tomás de Aquino en latín en París? ¿O Juan Luis Vives en Inglaterra o Flandes? ¿O Edward Lee, el que encargó el manuscrito de París, con Pablo Núñez Coronel o quizá… con el mismo Alfonso de Zamora?

Ce même matin, le Leutnant Reuter, un adjoint de von Gilsa, passa dans mon bureau: « On a un cas curieux que vous devriez voir. Un vieux, qui s’est présenté ici tout seul. Il raconte des choses étranges et dit qu’il est juif. L’Oberst a proposé que vous l’interrogiez. » – « Si c’est un Juif, il faut l’envoyer au Kommando. » – « Peut-être. Mais vous ne voulez pas le voir ? Je vous assure qu’il est étonnant. » Une ordonnance m’amena l’homme. C’était un vieillard de grande stature, avec une longue barbe blanche, encore visiblement vigoureux ; il portait une tcherkesska noire, des bottines en cuir souple avec des galoches de paysan caucasien, et une belle calotte brodée, violet, bleu et or. Je lui fis signe de s’asseoir et, un peu mécontent, demandai à l’ordonnance : « Il ne parle que le russe, j’imagine ? Où est le Dolmetscher ? » Le vieux me regarda des yeux perçants et me dit dans un grec classique bizarrement accentué mais compréhensible : « Tu es un homme éduqué, je vois. Tu dois savoir le grec. » Interloqué, je congédiai l’ordonnance et répondit : « Oui, je connais le grec. Et toi, comment se fait-il que tu parles cette langue ? » Il ne prêta pas attention à ma question. « Mon nom est Nahum ben Ibrahim, de Magaramkend dans la goubernatoria du grand Chamil avec qui mon père s’est battu. Et toi, quel est ton nom ? » – «  Je m’appelle Maximilien. Je viens d’Allemagne. » – « Et qui était ton père ? » Je souris : « En quoi est-ce que mon père t’intéresse, vieillard ? » – « Comment veux-tu que je sache à qui je m’adresse si je ne connais pas ton père ? » Son grec, je l’entendais maintenant, comportait des tournures tout à fait inhabituelles ; mais j’arrivais à le comprendre.

Jonathan Littell, Les Bienveillantes, « Allemandes I et II », París, Éditions France Loisirs (tirada especial), primera edición de Gallimard, 2006, pág. 260-261.